Le Facteur Humain à l’Open World Forum
5 octobre 2009 | Catégorie : Agenda, Collectif, Partage
Vendredi 2 octobre 2009, altohumano s‘est rendu à l’Open World Forum, pour assister à une conférence dont le titre était plus qu’évocateur : « Le Facteur Humain… Cœur de l’Industrie du Logiciel Libre » ou comment la dimension humaine collaborative et le mode de croissance organique du Logiciel Libre peuvent transformer en profondeur le monde économique et avoir un impact sociétal tangible (retrouvez le programme ici).
Je vous propose ci-dessous un long extrait du billet rédigé par Spei, lui-même étant venu assister à cette conférence, et dont la restitution est impeccable :
« … et c’est ce vendredi après midi à l’Open World Forum que j’ai visualisé un contre argument au « Les relations humaines sur Internet, c’est presque indécent et irréel » même si je ne nie pas que ce petit monde dans lequel je me range est excessif, souvent tourné sur son propre nombril, et régulièrement inintéressant au possible.
Cet après midi donc, ressituons un peu, j’ai fait un saut au forum du logiciel libre et au code ouvert où se déroulaient différentes conférences sur le sujet.
L’une d’elles était animée par Alexis Monville que je connais assez bien (du concret donc) qui réunissait nombre d’intervenants autour d’un sujet attractif au demeurant, le facteur humain (dans le logiciel libre si vous avez suivi jusqu’ici).
Le premier à s’exprimer est Jean-François Noubel, du Transitionner. J’avoue avoir été assez captivé. Jean-François Noubel nous explique comment nous sommes à un virage sur le plan de l’organisation sociétale par passage de l’intelligence originelle façon tribu ou village à l’intelligence collective globale en étant passé par l’intelligence pyramidale qui fait encore majoritairement foi dans nos sociétés. Captivant sujet également autour des monnaies virtuelles qui vont apparemment débarquer en masse, ce qui me donne envie de creuser cette thématique.
J’ai été assez impressionné de voir aussi Luis Suarez Potts de Sun Microsystems, animateur de la communauté Open Office, nous expliquer, en anglais, qu’il n’y a pas d’open source sans développeurs, que tout repose sur leur bonne volonté. En temps de crise, il nous rappelle que l’éditeur de votre logiciel stratégique peut disparaître du jour au lendemain vous laissant dans une inconfortable situation. Un spectateur ne manquera pas de lui signaler qu’une communauté Open Source est fragile également et qu’elle peut s’essouffler avec la même rapidité qu’elle a émergé. Mais si les communautés Open Source restent fragiles, elle savent muter, s’adapter, évoluer et s’auto-réguler, et si le projet qui te tenait à cœur n’est plus vraiment porté, son code source reste disponible. Luis Suarez Potts ne manquera pas de souligner que la mobilisation d’équipes locales (au sens pays) au développement d’un logiciel libre est fondamentale aussi bien pour l’adoption de ce logiciel que pour le développement de l’économie locale. Et de conclure que la réussite d’un logiciel libre du point de vue de sa pérennité reposait beaucoup sur la modularité du développement et qu’il estimait pour sa part que le projet Open Office méritait d’être réécrit dans ce sens.
La prochaine intervenante est Florence Devouard, de la fondation Wikimedia. Où l’on apprend la génèse de l’encyclopédie en ligne qui a provoqué la faillite de piliers traditionnels du média. Jimmy Wales a réalisé quelques profits dans les années 90 sur des activités de spéculation financière. De ce pécule, il créé Bomis, un moteur de recherche érotique. Et c’est Bomis qui va financer le projet Nupedia d’encycopédie mais dont le contenu était rédigé par des professionnels et où chaque article était validé par un comité de validation rigoureux. L’argent vient à manquer suite à l’éclatement de la bulle, et ce projet capote au profit de Wikipedia, créée initialement comme catalyseur d’articles pour Nupedia. Le succès viendra rapidement. Un historique, des anecdotes, les difficultés rencontrées et une belle conclusion présentant Wikipedia comme un « peace making process » dans l’obtention permanente d’accords sur la rédaction d’articles par des personnes d’avis divergents (essayez d’avoir un consensus sur le domaine du créationisme par des laics, des chrétiens, des musulmans, des juifs, des boudhistes et des créationnistes !). Le gros problème du moment de la fondation est d’attirer de nouveaux contributeurs car leur nombre commence à stagner.
Après Wikipedia, c’est l’occasion de voir s’exprimer l’une des responsables de La Cantine. Il s’agit d’un espace de travail partagé. En résumé, c’est un peu comme des bureaux partagés par des travailleurs de sociétés différentes. Les objectifs sont multiples et je vous renvoie au site pour bien tout comprendre mais le concept général veut qu’en mêlant des personnes d’expériences et de milieux différents cela encourage les échanges, la mutualisation des compétences et des énergies.
Un responsable de Generali nous explique ensuite comment les principes des méthodes agiles comme SCRUM et portées par les logiciels libres ont remporté l’adhésion de tous les employés, et qu’ils étudient actuellement comment importer ces méthodes au delà des seuls projets informatiques.
L’intervenant suivant représente Danone Communities, réseau de « social businesses », né de la rencontre d’un grand patron et d’un prix nobel de la paix (ayant montré au monde comment le micro-crédit pouvait aider les pays défavorisés à améliorer leurs conditions de vie en développant leur économie locale). L’idée est simple pour Danone Communities mais sacrément ambitieuse : « faire reculer la pauvreté et la malnutrition dans les pays les plus touchés peut passer par la création d’entreprises pérennes et tournées vers des objectifs sociaux ». Noble quête bien que l’association de la célèbre marque d’agroalimentaire me gène. On apprend ainsi comment en finançant de petites usines et en étudiant les carences nutritionnelles des pays visés, des yaourts fortifiés en micro-nutriments sont produits localement à des prix très accessibles semblant améliorer les problèmes de malnutrition tout en participant au développement de l’économie et du tissu social local. Le tout s’inscrivant dans un cercle d’auto-financement, les bénéfices obtenus servant à financer de nouveau projet, concept de « no dividend company ». Bon, il est quand même évident qu’il s’agit là pour Danone d’une manière de vendre du yaourt à des gens qui n’étaient pas dans sa cible initiale mais l’initiative reste louable et l’économie équitable semble être un très bon moyen de développer des régions qui ne le sont pas en respectant un peu plus l’humain.
Olivier Réaud, fondateur de In Principo, nous a fait du Olivier Réaud, parfait dans son approche du management collaboratif que l’on aimerait voir se développer plus rapidement. Olivier est un parfait orateur, une des quelques personnes de l’époque Integra avec qui j’espère pouvoir travailler de nouveau un de ces jours.
Il y avait Alain Raynaud également, du Founder Institute. Basé dans la mythique Silicon Valley, le concept semble simple et éprouvé, incubateur de startups (francisé à la belle époque jeunes pousses, amusant de voir que cette tentative de francisation du mot startup a joyeusement périclité avec l’éclatement de la bulle). Le Founder Institute aide de jeunes entreprises a se lancer en lui faisant bénéficier de l’expérience de nombre de ses pairs, français et californiens et en leur fournissant de l’assistance dont elles peuvent avoir besoin. En échange, 3.5% des parts de la société sont partagées entre tous les pairs référents et toutes les autres jeunes entreprises parallèlement en gestation. Ce qui au final implique les uns et les autres dans les affaires des uns et des autres créant une dynamique économique. Pas mal, mais je ressens plus le facteur économique que le facteur humain dans tout ça.
En touchant au terme de cette table ronde, la parole a été laissée à Juliette Compagnion et Laurent Bouffies venus présenter leur projet de fondation umana æ. Là, je n’ai globalement rien compris, si ce n’est qu’ils ont créé un logo plein de sens, et qu’ils le donnent librement à leur fondation… Il y avait là un appel à contribution mais je n’ai pas bien compris à quelles contributions.
En conclusion, si le facteur humain comme moteur essentielle de l’industrie du logiciel libre était bien au cœur de cette conférence, le temps a manqué je trouve pour faire le tour d’un tel sujet. Quoi qu’il en soit, il est indéniable que les expériences ici relatées montrent que le logiciel libre prend le taylorisme à contrepied, ce n’est plus l’économie qui dicte sa loi aux hommes. C’est le facteur humain qui décide de se mobiliser sur un sujet donné au point d’en faire un succès économique adoptable par qui veut. Et l’on se prend évidemment à rêver que cette petite révolution s’étende à des domaines plus vastes que le logiciel. Toute cette agitation virtuelle qui semble souvent futile et stupidement familière est aussi au cœur de la concrétisation de projets et de rencontres bien concrets. Et Ivan Sigg, de passage ce jour là nous a fait de très expressifs dessins que j’espère voir prochainement surgir sur la toile. »
Pour consulter les photos de la conférence et savourer de plus près les dessins réalisés par Ivan Sigg, c’est ici.
Merci à Spei pour ce billet.
En conclusion, sans humains, pas de logiciel libre, sans humains pas d’industrie, sans humains, quels qu’ils soient… il n’y aurait rien.





