Billets taggés ‘ bureau ’

Be Open !

15 juin 2009 | Catégorie : Collectif, Partage

L’Open space m’a tuer, l’ouvrage d’Alexandre des Isnards et Thomas Zuber brise un tabou. Dénoncer les conditions de travail des jeunes cadres dynamiques en communication ou consulting peut paraître paradoxal de prime abord. Mais, au fil des chapitres, les auteurs présentent leurs vies dans des scènes à la fois comiques et dramatiques pour lever le doute sur un sort prétendument enviable. L’ensemble de témoignages se révèle assez édifiant : celui, par exemple, d’un jeune cadre victime d’un malaise vagal après que sa hiérarchie lui ait fait porter seul la responsabilité du retard d’un projet, ou d’un autre, légèrement rétif à l’atmosphère de fausse camaraderie des bureaux, poussé lentement mais sûrement à la porte à cause de son « mauvais esprit ».

Ainsi, « garantie annoncée » d’une sociabilité accrue et d’une meilleure circulation de l’information (les deux arguments majeurs invoqués pour la défense de cette nouvelle organisation des bureaux), l’open space instaure des rapports de travail et de hiérarchie anxiogènes en exerçant sur le salarié une pression latente. En effet, il est impossible que des personnes travaillant dans le même espace ne se dérangent pas les unes les autres. Le bruit et les dérangements permanents nuisent à la tranquillité de travail des salariés. Par ailleurs, l’open space invite à une surveillance mutuelle constante. Bye bye les bureaux cloisonnés et l’inscription spatiale de la hiérarchie : désormais les bureaux doivent être conviviaux et les chefs accessibles. Cependant, cela n’annule jamais, l’existence d’une hiérarchie et de rapports de travail extrêmement codés. La difficulté à repérer ces codes, sans compter les risques constants de dérapages font peser sur les salariés une pression supplémentaire au travail prescrit. Dans l’open space, la distribution de l’espace a, plus que jamais, un enjeu stratégique (taille du bureau, emplacement, axes et angles de vue des ordinateurs plus ou moins visibles par les collègues).

« En open space, les salariés sont mis en concurrence. Par le regard, ils se régulent les uns les autres. Mais de petites solidarités locales viennent casser le jeu de la concurrence pure et parfaite. Les camaraderies endorment la surveillance entre voisins et ça se relâche. Alors, pour réintroduire de l’émulation saine, on brasse, on ventile, on redistribue les cartes par un déménagement interne ». Pour saisir toute la portée du problème de l’open space, il faut le lier à une autre question relative à l’espace, qui apparaît dans le livre de manière : internet, portables et BlackBerrys engendrent une dissémination de l’espace de travail qui tend à confondre les frontières entre vie privée et vie professionnelle.

En instaurant le règne de la disponibilité universelle, d’abord : chacun doit pouvoir être joint en permanence, le travail se fait « en temps réel », « on line ». Espace et Temps sont étroitement liés, et la dissémination de l’espace de travail engendre irrémédiablement une dissémination du temps de travail.

* Pour aller plus loin : le site du livre !

http://www.lopenspacematuer.com

** Pour en rire, les séquences « wording » qui visent à décortiquer le lexique usuel en open space (mais pas seulement …)

http://www.lexpress.fr/actualite/economie/le-wording-du-j…

Personnellement, j’ose avancer comme argument complémentaire expliquant le recours systématique au franglais « solutionner » plutôt que « résoudre un problème », le risque de ne pas conjuguer correctement un verbe du 3ème groupe … A vos bescherelles !

http://www.lexpress.fr/actualite/economie/le-wording-du-j…

http://www.lexpress.fr/actualite/economie/le-wording-du-j…

http://www.lexpress.fr/actualite/economie/le-wording-du-j…

Credit Photo Cobrasoft